
Centrale d'Ochain
Ochain Énergie est une unité de biométhanisation agricole mise en service en 2017. Elle transforme principalement des effluents et résidus agricoles locaux en biogaz. Ce biogaz alimente deux moteurs de cogénération de 600 kW qui produisent à la fois de l’électricité renouvelable et de la chaleur. La chaleur alimente notamment le Château d’Ochain, une maison de repos voisine. Le résidu de la digestion, le digestat, retourne aux champs comme matière fertilisante. Le projet associe un agriculteur et deux coopératives citoyennes : Émissions Zéro et Condroz Énergies Citoyennes.
| Mise en service | Mai 2017 ; inauguration le 29 septembre 2017. |
| Puissance | 2 moteurs de cogénération de 600 kW électriques, soit 1,2 MW au total. La capacité a été doublée en 2020. |
| Production récente | Environ 8 à 9 GWh d’électricité par an : 8,0 GWh en 2023 ; 8,8 GWh en 2024 ; 8,4 GWh en 2025. |
| Équivalent ménages | Ordre de grandeur communiqué : environ 2 200 ménages. |
| Chaleur | Récupérée sur les moteurs et les échappements ; elle chauffe les digesteurs et alimente un réseau de chaleur vers le Château d’Ochain. |
| Climat | Plus de 7 000 t de CO₂e évitées/an selon les évaluations du projet (électricité, chaleur et engrais évités). |
| Actionnariat | Ochain Énergie est une SRL. Émissions Zéro détient environ 64 % des parts. Condroz Energies Citoyennes 10,69% et Grégory Racelle, 25,52% |
A retenir
- C’est une boucle locale : des matières agricoles deviennent de l’énergie puis retournent au sol sous forme de digestat.
- La grande force du site est la cogénération : on ne produit pas seulement de l’électricité, on récupère aussi la chaleur.
- Le projet est aussi citoyen : des milliers de citoyens sont copropriétaires indirectement via Émissions Zéro et Condroz Énergies Citoyennes.
L’histoire d’Ochain Énergie : d’une idée agricole à un projet territorial
L’histoire du site est d’abord celle d’un agriculteur qui cherchait une diversification ayant du sens, puis d’un montage collectif réunissant monde agricole, ingénierie et citoyens.
Grégory Racelle, initiateur du projet
Fils d’agriculteur à Abée (Tinlot), il cherchait un projet innovant qui reste lié au monde agricole et dont la valeur reste sur le territoire. Après avoir découvert la biométhanisation en 2009, il se forme, visite des unités et développe plusieurs pistes avant de créer Ochain Énergie en 2013.
Etude des potentialités sur le territoire et identification avec le GAL Pays des Condruzes de 19 sites possibles en croisant ressources agricoles, réseau électrique et besoins de chaleur.
Le Château d’Ochain cherche une solution énergétique locale. Grégory Racelle reprend le développement du projet et crée Ochain Énergie.
Permis, montage financier et arrivée des partenaires. Le projet prend une dimension citoyenne avec Émissions Zéro et Condroz Énergies Citoyennes qui vont lever des fonds auprès des citoyens pour financer le projet.
Chantier dès l’été 2016 ; première production en mai 2017 ; inauguration le 29 septembre 2017.
Extension prévue dès l’origine : installation d’un deuxième moteur de 600 kW et quasi-doublement de la capacité à l’automne 2020.
Phase d’exploitation mature : remplacement d’un moteur en 2024 ; en 2025, gestion d’un incident de refroidissement et adaptation de la production lors de prix d’électricité très négatifs.
Le fil rouge de l’histoire
Ochain n’est pas un projet « tombé du ciel ». Il a fallu des années d’apprentissage, un site adapté, un débouché pour la chaleur, des agriculteurs partenaires, un permis, un financement solide et une gouvernance capable de réunir des intérêts différents.

La biométhanisation, expliquée sans jargon
L’image la plus simple : un digesteur fonctionne un peu comme le rumen d’une vache. Des micro-organismes dégradent la matière organique sans oxygène et produisent du biogaz.
Le processus en 6 étapes
- Les matières arrivent — Fumiers, lisiers, résidus de cultures et autres matières agricoles sont réceptionnés et stockés. À Ochain, l’approvisionnement est principalement local, avec un réseau d’agriculteurs partenaires situé surtout dans un rayon d’environ 15 km.
- On alimente les digesteurs — Les matières solides passent par une trémie ; les matières liquides sont pompées. L’alimentation est dosée régulièrement afin de garder une production de biogaz stable.
- Les bactéries travaillent — Dans les digesteurs fermés, sans oxygène, la matière est brassée et maintenue autour de 37–40 °C. Historiquement, le temps de séjour moyen annoncé à Ochain est d’environ 100 jours.
- On récupère le biogaz — Le biogaz contient surtout du méthane et du CO₂. Il est épuré avant d’alimenter les moteurs.
- La cogénération produit deux énergies — Le biogaz fait tourner un moteur couplé à un alternateur : on produit de l’électricité. En même temps, on récupère la chaleur du moteur et des gaz d’échappement pour produire de l’eau chaude.
- Le digestat retourne aux champs — La matière qui reste après digestion conserve une grande partie de ses nutriments. Elle est stockée, analysée et utilisée comme matière fertilisante. Elle peut remplacer une partie des engrais minéraux et est généralement moins odorante que les effluents bruts.
Biomasse ≠ biométhanisation
La biomasse est une famille très large : bois, matières végétales, résidus agricoles, etc. La biométhanisation est une manière particulière de valoriser des matières organiques humides par fermentation sans oxygène. À Ochain, on ne brûle donc pas les matières agricoles : on produit d’abord du biogaz, qui est ensuite utilisé dans les moteurs.
La torchère : un équipement de sécurité, pas une cheminée de productionIci
Lorsque les moteurs sont indisponibles ou que le biogaz ne peut pas être valorisé, la torchère permet de brûler le méthane plutôt que de le relâcher dans l’atmosphère. C’est préférable du point de vue climatique et indispensable pour la sécurité, mais l’objectif reste évidemment de valoriser le maximum de biogaz en énergie utile.
Une installation vivante : production, maintenance et marché électrique
Une unité de biométhanisation fonctionne presque toute l’année, mais elle reste un outil industriel : biologie, mécanique, maintenance et prix de l’électricité influencent la production.
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Année |
Production |
Contexte |
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2022 |
8,213 GWh |
Production stable avec deux moteurs. |
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2023 |
8,0 GWh |
Objectif atteint malgré le vieillissement du premier moteur, en service depuis 2017. |
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2024 |
8,8 GWh |
Remplacement d’un moteur ; environ deux semaines d’arrêt, mais calendrier tenu. |
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2025 |
8,4 GWh |
Fuite de liquide de refroidissement sur le moteur 2 pendant plusieurs mois + ralentissements lors de prix d’électricité très négatifs. |
La chaleur : l’atout qui change le bilan du projet
Le digestat : la boucle agricole
On ne « crée » pas de nutriments dans le digesteur. On transforme la matière organique, on récupère une partie de son énergie sous forme de biogaz, et les éléments fertilisants (azote, phosphore, potassium…) restent en grande partie dans le digestat. Celui-ci peut donc retourner au sol et réduire le recours à certains engrais minéraux.
Pourquoi parle-t-on d’un projet citoyen ?
Le site lui-même est une SRL. Le caractère citoyen vient de la présence de deux coopératives parmi ses actionnaires, qui permettent à leurs membres de détenir collectivement une partie de l’outil de production.
Société
Ochain Énergie n’est pas juridiquement une coopérative citoyenne : c’est Ochain Énergie SRL. En revanche, Émissions Zéro et Condroz Énergies Citoyennes en sont actionnaires. Les citoyens deviennent donc copropriétaires indirectement en prenant des parts dans ces coopératives.
Est-ce qu’on brûle du fumier ?
Non. Les matières fermentent sans oxygène dans les digesteurs. C’est le biogaz produit par cette fermentation qui est ensuite brûlé dans les moteurs.
Est-ce que cela sent mauvais ?
Le principal risque d’odeur vient des matières brutes avant digestion. La biométhanisation dégrade une partie des molécules responsables des odeurs ; le digestat est en général nettement moins odorant que le lisier ou le fumier brut.
Pourquoi utiliser du maïs ?
Un peu de matière énergétique aide à stabiliser la ration des digesteurs. Ochain a historiquement limité la part des cultures dédiées et privilégie les effluents et résidus agricoles.
La biométhanisation concurrence-t-elle l’alimentation ?
C’est un vrai enjeu pour la filière. L’intérêt d’Ochain tient justement à l’usage important d’effluents et de sous-produits agricoles et à une part encadrée de cultures dédiées.
Le digestat est-il un déchet ou un engrais ?
Agronomiquement, c’est une matière fertilisante riche en nutriments. Son statut réglementaire dépend des intrants et des circuits de valorisation.
Pourquoi deux moteurs ?
Pour augmenter la puissance, mais aussi pour gagner en souplesse : maintenance, pannes ou adaptation de la production sans arrêter toute l’installation.
Pourquoi ne pas injecter le gaz dans le réseau ?
C’est une autre voie possible après épuration en biométhane. Ochain a été conçu pour la cogénération : son biogaz est valorisé sur place en électricité et en chaleur, avec un débouché thermique à proximité.
Est-ce une énergie continue ?
Elle peut fonctionner jour et nuit et est beaucoup plus pilotable que le solaire ou l’éolien. Mais il y a des arrêts de maintenance, des contraintes biologiques et mécaniques, et
désormais aussi une adaptation aux prix du marché électrique.
Pourquoi est-ce bon pour le climat si le biogaz contient du CO₂ ?
Le carbone du biogaz provient de matières organiques récentes, pas d’un stock fossile extrait du sous-sol. Le bénéfice dépend cependant de toute la chaîne : origine des matières, maîtrise des fuites de méthane, valorisation de la chaleur et substitution d’engrais. C’est pour cela que la qualité du projet compte autant que la technologie.


































